Réseau de pédagogies radicales

Séminaire du 25 mai: Qu'est-ce qu'une pédagogie émancipatrice ?

Begonnen door Irène in Réseau de pédagogies radicales 3 maanden geleden

Bonjour,

Le 25 mai aura lieu une séance discussion lors du Séminaire de l'institut hooks/Freire sur Qu'est-ce qu'une pédagogie émancipatrice ? avec le collectif Q2C. https://emancipaeda.hypotheses.org/4937

Voici les éléments dont je propose de discuter lors du séminaire, ils peuvent être enrichis, mais cela permet d'avoir une base de préparation. Cela peut aussi donner des idées pour le n° en préparation de la revue N'autre école:

Méthodo: ci-dessous je présente à chaque fois la position qui me semble être celle des pédagogies critiques (Freire). Puis j'invite à poser une question plus large sur comment peut se positionner une pédagogie émancipatrice sur cela.

Sachant, que par pédagogie émancipatrice, on peut entendre aussi les pédagogies Freinet. Pour moi, la notion de pédagogie émancipatrice est plus large que la notion de pédagogie critique/radicale (qui est plus située en lien avec Freire/Giroux)

1) Pédagogie, forme scolaire traditionnelle et néolibéralisme

La position des pédagogies critiques/radicales (Freire/Giroux):

Dans un texte Giroux théorise une distinction entre pédagogie conservatrice, libérale et radicale, en m'appuyant dessus, voici la position qui me semble pouvoir être celle des pédagogies critiques/radicales:

a) La pédagogie conservatrice: la pédagogie traditionnelle et la forme scolaire traditionnelle étaient en lien avec les demandes du capitalisme industriel.(curriculum caché industriel). 

Cette forme continue à perdurer même si elle se trouve concurrencée également par de nouvelles demandes du capitalisme néolibéral

b) La pédagogie (néo)libérale: est en lien avec les demandes du capitalisme néolibéral. Elle se centre sur la formation des soft skills, appelées compétences du XXIe s.

c) La pédagogie radicale: s'oppose aux deux précédentes car elle vise une critique des rapports sociaux de pouvoir (c'est la déf que donne Giroux de la pédagogie radicale)

Quelle peut être la position d'une pédagogie émancipatrice par rapport à la néolibéralisation du système scolaire capitaliste ?

2) Pédagogie et technique:

La pédagogie critique se situe dans la continuité de l'Ecole de Francfort qui critique la domination de la raison technique. Cela conduit à distinguer l'agir technique et l'agir ethique.

La praxis dont parle Freire: réflexion/action relève de l'action éthique et non de l'action technique.

Cela veut dire que la pédagogie doit être distinguée de la didactique.

La didactique met en place des méthodes techniques efficaces pour atteindre un but. Ces méthodes donnent lieu à des querelles pour savoir laquelle est la plus efficace. En particulier, la question de la mesure de l'efficacité actuellement conduit à des débats scientifiques entre différents courants (psychologie, sociologie...). 

La pédagogie critique met en oeuvre un agir éthique qui sont des règles d'action qui conduisent à faire des choix qui impliquent que l'efficacité n'est pas la plus haute valeur en éducation, même si elle joue un rôle en éducation.

La didactique critique s'occupe en particulier des méthodes techniques pour développer la conscientisation. Il est possible d'effectuer une mesure de l'efficacité des méthodes de conscientisation selon certains courants scientifiques.

Quelle place doit accorder une pédagogie émancipatrice à la technique ? Une technique pédagogique peut-elle être émancipatrice en soi ?

3) Pédagogie et rapports sociaux

La pédagogie critique vise la lutte contre les rapports sociaux (sexe, race, classe). C'est cela le matérialisme pédagogique pour la pédagogie critique. 

a) du point de vue des pratiques pédagogiques par une "pédagogie anti-discrimination" - http://pedagogie-antidiscrimination.fr/

b) du point de vue de la conscientisation sur le contenu disciplinaire en vue de développer l'action transformatrice.

La pédagogie critique ne vise pas en soi le développement des softs skills de l'individu (créativité, collaboration...) ou de techniques pédagogiques comme les techniques coopératives. Celles-ci ne sont que des moyens en vue d'une transformation sociale. Elle n'y est pas opposé, mais seulement s'ils sont utilisés dans une visée d'émancipation sociale. En revanche, elle ne leur accorde pas de puissance d'émancipation sociale sans projet d'émancipation social. De même, des pratiques pédagogiques qui ont une visée d'émancipation de l'individu ne suffisent pas à garantir un projet d'émancipation sociale.

Quelle place doit avoir la lutte contre les rapports sociaux dans une pédagogie émancipatrice ? Comment cela s'effectue-t-il ?

Remarque annexe: Quel public vise la pédagogie critique/radicale ?

Les pédagogies critiques/radicales s'adressent à des enseignants qui sont déjà conscientisés. Il n'est pas possible de proposer une pédagogie critique/radicale à un enseignant qui n'a pas déjà fait le choix de considérer que la lutte contre les discriminations et les inégalités sociales sont des finalités prioritaires. En quelque sorte, les pédagogies radicales/critiques sont à la pédagogie ce que la tendance intersyndicale "émancipation" est au syndicalisme. Il s'agit d'une réunion de personnes ou de structures ayant différentes appartenances pédagogiques autour d'une finalité qui est la lutte contre les rapports sociaux. Sachant qu'un rapport social suppose d'accepter une division de la société en classes sociales antagonistes (ce qui n'est pas partagé par exemple par des personnes comme Meirieux ou Connac). Elles ne visent pas à se substituer à des mouvements pédagogiques plus larges, mais à rapprocher des personnes qui considèrent que la lutte contre les rapports sociaux de pouvoir est la priorité.

Je crois que ce dernier point est souvent mal compris. Un enseignant qui ne partage déjà pas une lecture de la société en termes de rapports sociaux de pouvoir ne peut pas faire de pédagogie radicale/critique, car c'est là le préalable. Or ce n'est pas le préalable des autres pédagogies qui peuvent de ce fait viser à priori un plus large public d'enseignants.

PS: "Elle n'y est pas opposé, mais seulement s'ils sont utilisés dans une visée d'émancipation sociale. En revanche, elle ne leur accorde pas de puissance d'émancipation sociale sans projet d'émancipation social. De même, des pratiques pédagogiques qui ont une visée d'émancipation de l'individu ne suffisent pas à garantir un projet d'émancipation social"

Je vais compléter ce passage qui est un peu sybillin:

a) dans la pédagogie traditionnelle: le rapport de pouvoir est autoritaire et vertical. On contraint l'individu de l'extérieur, traditonnellement y compris même par le chatiment physique. Cela veut dire qu'on peut se briser contre ce rapport de pouvoir, mais qu'il peut aussi nourrir de sérieuses envie de révolte. 

b) dans la pédagogie néolibérale: c'est plus pernicieux. C'est le consentement à la servitude. Il s'agit que l'individu consente à sa propre servitude, qu'il désire les valeurs du système capitaliste néolibéral. On lui vend donc l'illusion d'une émancipation individuelle en déconnectant l'émancipation individuelle de l'émancipation sociale. Comme s'il pouvait y avoir une émancipation individuelle sans émancipation sociale.
3 maanden geleden
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