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CréGULL

Que penser du navigateur internet Brave ? Et pourquoi je privilégie Firefox…

Started by terhemis in CréGULL 8 months ago

Bonjour,

Jérôme me demandait ce que je pensais du navigateur internet Brave, qui occupera une bonne partie des ateliers du Club Informatique de Lagny-sur-Marne au mois de janvier 2020,

Pas que du bien,

Aucun outil n’est parfait, et il faudrait faire une comparaison des avantages et inconvénients des différents outils actuels : Firefox, Chrome, Chromium, Edge, Safari, Opera, Brave, etc. (tableau des parts de marché)

Attention, j’avertis d’emblée, les technologies qui font internet sont complexes et nombreuses, c’est un sujet d’expertise à part entière, et n’étant un expert en rien, je ne le suis pas davantage sur ce sujet.
N’hésitez donc pas à suivre les liens et à vous forger la vôtre, d’expertise.

Le gros point noir concernant Brave, en ce qui me concerne, est que son modèle économique repose sur la publicité. Si ses développeurs bloquent les publicités, c’est en effet parce qu’ils aspirent à en afficher d’autres à la place, passant par leur propre régie et sur lesquelles il toucheraient un pourcentage. Elles seraient prétendument moins gênantes, et auraient le mérite de ne pas autoriser le profilage des usagers du web.
Quoique le blocage de la publicité soit le comportement par défaut une fois le logiciel installé, la société roulant sur l’or des investisseurs, on peut penser que cette start up s’adaptera une fois l’hiver venu (s’il vient…). Ni fondation, ni association, il serait logique qu’elle privilégie à terme, comme ses consœurs, la rentabilité et le profit.

Les développeurs de Brave veulent donc devenir un intermédiaire de plus dans ce système empoisonné et nocif de la publicité sur internet pour, quoiqu’en disent leurs textes d’accroche et leurs belles promesses d’éthique, toucher une part du gros gâteau.
Ça fait beaucoup penser à l’escroquerie de type mafieuse qu’est Adblock (Plus), cette extension pour navigateurs qui permettait de bloquer la publicité jusqu’à ce que ses développeurs adoptent la même démarche d’en mettre d’autres qui les arrangeaient mieux à la place.

« Adblock Plus soutient l'initiative Publicité acceptable (Acceptable Ads - AA) Les Publicités acceptables sont affichées par défaut afin de soutenir les sites Web dont le financement dépend des recettes publicitaires, mais en faisant le choix d'afficher uniquement les publicités non intrusives. » Source

À lire l’article du monde sur le sujet : Le bloqueur de publicité Adblock Plus va vendre des publicités, ça n’a rien d’une initiative au sens de collective ou partagée. Ça ressemble plutôt à un label bidon, comme tant d’équipes commerciales en font germer (lien vers un dossier Que Choisir).

Je vous invite donc à ne plus utiliser cette extension si c’est le cas, au profit de uBlockOrigin.

Autre point négatif à mes yeux : l’utilisation du moteur de rendu nommé Blink qui, quoique libre, est développé essentiellement par Google, pour Chromium/Chrome.
C’est le même qu’utilisent désormais Microsoft dans Edge, les Norvégiens d’Opera Software, les Russes de Yandex…
Le moteur de rendu est ce qui, dans un navigateur, permet de transformer le code (HTML, CSS, Javascript…) en page visuelle.
Or, l’interprétation du code, mais surtout l’influence sur la standardisation des langages, deviennent, dans un monde qui s’affiche désormais beaucoup voire d’abord sur internet, des éléments de pouvoir importants.

Sur ce point précis de l’affichage, on en est arrivé à la situation où il y a les gros poissons précités, qui se rangent tous derrière le requin Google, et une seule alternative crédible, qui malheureusement décline, à savoir le moteur de rendu Gecko, développé par Mozilla pour Firefox.
En réalité, il faudrait aussi faire entrer Webkit, le moteur de rendu d’Apple, dans cette équation, mais je simplifie volontairement, car Blink n’est qu’une dérivation de Webkit. Difficile de suivre, désolé, mais en gros, je les assimile (peut-être à tort).

En fait, c’est assez simple, Brave repose comme tant d’autres sur le navigateur Chromium, qui est la base de travail de Chrome, qui permet au fond surtout à Google d’asseoir son hégémonie.
L’open source (le fait de divulguer les recettes de fabrication) étant, pour les GAFAM et autres géants, une manière de répandre leurs technologies sans risquer de réelle concurrence puisque aucun adversaire ne dispose de leur force de frappe commerciale et publicitaire.

Ils n’ont donc qu’à vivoter, et grignoter le gâteau, de toute façon ils sont serviles : les choix structurels dépendent des requins, qui ne demandent guère leurs avis aux autres.

Bref, ce gros pavé pour dire que, même si Firefox n’est pas exempt de défauts lui non plus, et que la fondation Mozilla fait parfois (régulièrement depuis quelques années ?) des choix douteux, ça reste la seule alternative. Non pas la seule alternative crédible ou fonctionnelle, mais quasiment la seule alternative tout court. Et que si l’on souhaite s’éviter des situations de monopole forcément nuisibles pour le collectif, il faut soutenir cette alternative.

La situation actuelle m’évoque les rayons de supermarché, avec tous ces produits présentés comme différents, qui ne viennent en fait que de quelques grosses marques qui, en arrière-plan, dominent le jeu et imposent leurs méthodes.

Concernant les navigateurs internet, j’utilise donc Firefox avec différentes extensions très utiles, à savoir uBlockOrigin mentionné plus haut, mais aussi :

  • PrivacyBadger, qui bloque les pisteurs utilisés sur tout l’internet pour profiler les visiteurs.
  • Disable HTML5 Autoplay, qui permet de bloquer les vidéos de se lancer automatiquement et d’accaparer l’attention comme rien d’autre (mais ça ne fonctionne pas toujours, en tout cas pas sur Youtube).
  • Print Friendly et PDF, qui me permet d’archiver l’information en dégageant tout ce qui n’est pas du contenu informatif sur une page web.
  • Invidition par intermittence, voir cet autre article de mon cru sur le sujet.
  • No Youtube comments, pour m’éviter les adolescents véhéments, mais surtout pour m’éviter de plonger dans ces discussions qui le plus souvent ne m’apportent en fait rien ; l’extension permet aussi de contrer différentes techniques de rétention de l’utilisateur utilisées par Google avec brio sur Youtube. (Qui n’y a pas passé une heure alors qu’il ne venait consulter qu’une vidéo de cinq minutes, et sans plus se rappeler comment il en est arrivé à regarder cette vidéo humoristique qui vient de s’achever ?)
  • Dark Reader, qui permet d’inverser les couleurs affichées par le navigateur, afin d’obtenir une page somble beaucoup plus reposante pour les yeux : c’est très appréciable la nuit notamment.

avec Lilo ou Qwant pour moteurs de recherche. Il est des extensions optionnelles, qui peuvent faciliter leur utilisation par défaut sur le navigateur : celle pour Lilo, celle pour Qwant (mais ça se fait aussi très bien depuis les paramètres de Firefox). Plus d’infos sur les moteurs de recherche dans cette autre discussion : Google n’est pas ton ami !.

J’utilise aussi quotidiennement le mode lecture de Firefox qui, d’un seul clic, permet de n’afficher plus que le texte de l’article qu’on est en train de consulter, ce qui est très agréable et reposant.

Voilà ce que je recommande quand on me demande mon avis.

Pour finir, je partage deux autres articles concernant Brave, que j’ai consultés avant de rédiger celui-ci (les ressources en français sur le sujet sont rares) :

  • Brave, un nouveau navigateur web, publié en 2016 sur LinuxFr (et lu à cette époque). La discussion qui suit l’article donne davantage de pistes de réflexion.
  • Brave, le navigateur qui remplace les pubs par d’autres pubs, piètre article (bien trop peu informatif à mon goût) de 2016 toujours, sur Numérama cette fois, qui défend son modèle économique au passage, alors que c’est justement lui qui pousse à publier le plus souvent possible ce genre d’articles sans valeur. La quantité (de pages publiées, de pages vues, et donc de publicités montrées et vues), primant sur la qualité du contenu. Tout l’inverse de la démarche du concurrent NextImpact, autrement plus dense.

Pas si rares en fait, en voici d’autres :

  • Brave, le navigateur qui voulait protéger la vie privée (le marketting fonctionne, et j’estime ce titre trompeur : ce n’est pas leur volonté première (qui est financière), c’est un argument de vente), sur Nextimpact

  • Internet : Brave et Qwant, surfez couvert !, sur Le Point.
    Encore un titre très positif, mais l’article se termine ainsi :

    Brave, un nouveau modèle économique qui fait grincer

    Même si le navigateur américain entend bloquer les publicités équipées de traceurs, cela ne signe pas la disparition définitive de la publicité sur internet. En effet, une fois le navigateur développé, Brave proposera deux types de navigation : une sans publicité, et une autre, par défaut, avec des publicités choisies (et vendues) par Brave, sans traceurs. Si l'utilisateur fait ce choix, il pourra même en tirer des bénéfices, puisque Brave promet de redistribuer ses revenus publicitaires ainsi : 55 % pour les sites hébergeant la publicité, 15 % pour l'utilisateur, et bien sûr, les 30 % restants pour l'éditeur du navigateur Brave.

    Mais ce modèle n'est pas du goût des médias américains. Plus de 1 200 journaux, parmi lesquels quelques grands groupes comme New York Times, Washington Post ou encore Tribune (Los Angeles Times et Chicago Tribune) ont signé une pétition tout en menaçant Brave de poursuites judiciaires. Ils accusent le navigateur américain de tirer les marrons du feu en leur « volant » leur contenu publicitaire, part importante de leurs revenus.


    Après, personnellement, un site d’information qui dépend de la publicité, je m’en passe au profit d’autres réellement indépendants.

8 months ago

La publication de ce texte sur LinuxFr a donné lieu à de très nombreux commentaires et échanges. À partir d’eux et de recherches complémentaires qu’ils ont occasionné, j’ai ajusté et corrigé la version qui se trouve ici, sur Agorakit.

En les lisant, il vous sera possible d’en apprendre beaucoup plus sur Gecko et sur d’autres technologies et outils du web (Servo ou Gopher notamment).

Suite à certaines remarques, j’y reviens aussi sur mon choix d’utiliser Lilo. Dans la même veine, il y a Ecosia. À défaut de nous débarrasser de la publicité, ces moteurs de recherche permettent d’orienter une partie des revenus qu’elle engendre.

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