Réseau de pédagogies radicales

Quelles conceptions de l'émancipation ?

Started by Irène , in Réseau de pédagogies radicales 2 weeks ago

Salut,

En discutant avec Gauthier, on s'est aperçu qu'il faudrait avoir sans doute une analyse entre nous de ce que veut dire "émancipation". Car même Macron a déclaré être pour l'émancipation: www.la-croix.com/France/Politique/Lemancipation-philosophie-macronnienne-2018-07-09-1200953793

Or qu'est-ce qu'on met réellement derrière ce terme ?

En discutant toujours avec Gauthier, on s'est un peu étonné de ce que l'émancipation ne semble pas vouloir dire la même chose pour tout le monde au sein des pédagogies dites émancipatrices...

Par exemple, Gauthier fait une lecture de Freinet qui n'est apparement pas celle de tout le monde...

Je pense par exemple à cette conférence de Nicolas Go fait au congrès de l'ICEM sur "l'enfant auteur". Est-ce que cela correspond vraiment à la pensée de Freinet ? www.icem-pedagogie-freinet.org/node/20198

Personnellement, j'en doute... En fait, c'est Freinet, relu à travers Rancière, Deleuze et Spinoza...au point que la question de l'émancipation sociale disparait derrière une vision au fond détachée des conditions sociales comme s'il n'y avait pas de classes sociales, une vision a-sociologique de la réalité...

En tout, cas il ne me semble pas que cette vision soit non plus celle de Paulo Freire. A mon avis, le livre Le maître ignorant de Rancière a fait plus de dégat que de bien sur la question de l'émancipation. Je doute d'ailleurs que Rancière ait jamais fait un cours en se positionant comme "un maître ignorant"...

Franchement, j'ai beaucoup de mal à voir le rapport entre la lecture que fait N. Go de Freinet et l'émancipation sociale. Je ne dis pas Freinet, je dis la lecture qui semble être devenu de plus en plus dominante de Freinet qui considère que l'émancipation c'est rendre les élèves auteurs... Quel rapport avec l'émancipation sociale ? 

Il y a plein de gens qui sont auteurs et qui ont rien à voir avec l'émancipation sociale...

à bientôt,

irene




Quelques pistes au sujet de l'émancipation sociale ?

Pour compléter mon message d'hier:

Quels sont les rapports sociaux ?

- Rapports sociaux autoritaires (distinction  autoritarisme/démocratie/laxisme) (exemple de pratiques: pratiques dialogiques, conseils d'élèves...)

- Rapports sociaux de classe sociale

- Rapports sociaux de genre (sexe, sexualité, apparence de genre...)

- Rapport sociaux de racisation

Questions que se posent une pédagogie d'émancipation sociale:

- Comment les pratiques dans la salle de classe peuvent éviter de reproduire les rapports sociaux dans la classe ?

Attention à avoir une approche intersectionnelle. A ne pas prendre en compte qu'un rapport social (par exemple que le rapport social d'autorité). Par exemple à quoi cela sert d'effectuer des pratiques dialogiques ou un conseil d'élève si c'est pour laisse se reproduire tous les autres rapports sociaux...

- Comment les pratiques pédagogiques peuvent favoriser la conscientisation sociale et l'engagement social relatif à la lutte contre les inégalités sociales, les discriminations et les questions écologiques ?

Pour les opprimé-e-s, il ne peut pas y avoir d'émancipation individuelle sans émancipation sociale.

Les questions qui ne sont pas spécifiques à l'émancipation sociale et donc qui de mon point de vue ne relèvent pas spécifiquement des problématiques des pédagogies radicales:

- Les compétences que l'on va retrouver aussi par exemple dans le néolibéralisme, ou dans des pédagogies alternatives libérales: autonomie, créativité, collaboration/coopération, bien-être et bienveillance... Car là je ne vois pas trop en quoi cela à un impact spécifique sur l'émancipation sociale: cela peut servir pour l'émancipation sociale comme pour le néolibéralisme...

- Les querelles de méthodes pédagogiques sur lesquelles les pédagogies radicales n'ont rien à dire (en tout cas sur lesquelles personnellement je n'ai aucune compétence): méthode syllabique ou globale de lecture, psycho-pédagogie constructiviste/psycho-pédagogie cognitive....Je ne vois pas trop en quoi c'est le problème d'une pédagogie d'émancipation sociale... 

Conclusion:

Je crois qu'une pédagogie d'émancipation sociale est une pédagogie qui doit rassembler des personnes qui partagent des mêmes objectifs politiques:

- lutte contre la reproduction dans la salle de classe des rapports sociaux

- transformation des rapports sociaux dans la société

En revanche, les querelles de techniques et de méthodes, qui en réalité relèvent plus de la didactique que de la pédagogie et qui à mon avis sont des questions techniques et non pédagogiques au sens strict, je ne vois pas trop en quoi cela concerne l'émancipation sociale.

Mais bon, si certains peuvent m'expliquer, car je ne vois pas trop bien le rapport avec nos combats sociaux d'un certain nombre de point sur lesquels on s'écharpent en France dans les querelles pédagogiques.... J'ai l'impression que cela a surtout servi depuis le début des années 1980 à ce que l'on ne s'occupe d'émancipation sociale en pédagogie....

2 weeks ago

Toujours sur émancipation et pour donner une info, il y a un stage sud à Grenoble qui a lieu sur pédagogie et syndicalisme. Apparement, ils ont des gros débats là-bas entre eux.

Ils projettent l'organisation d'un débat entre Véronique Decker (ICEM Freinet) et le GRDS qui parle aussi d'émancipation (www.democratisation-scolaire.fr/spip.php) car c'est un débat qui les traversent.

Ils m'ont demandé ce qui selon moi faisait la différence entre les pédagogies radicales/critiques et ICEM Freinet d'une part et d'autre part le GRDS.

Il me semble que la grosse différence elle tient sur deux points:

a) la finalité des pédagogies radicales est intersectionnelle, pas seulement les classes sociales.

b) sur les méthodes ou techniques: les pédagogies radicales se soucient du carctère ethique du processus, mais ne se positionnent pas sur les méthodes. (On a pas vocation de mon point de vue à trancher des débats pour savoir si c'est les pédagogies coopératives les plus efficaces (thèse de Connac) ou une méthode instructionniste (thèse du GRDS). 

Pour la simple est bonne raison que ces gens là, se combattent à coût de statistiques.

Par exemple "pour la coopération": 

"La première de ce genre, réalisée en 1981 par Johnson et ses collègues, fait la synthèse des résultats de 122 études portant sur les effets comparés des apprentissages coopératifs, compétitifs et individualistes sur la réussite des élèves (Johnson et al., 1981). Les résultats sont sans appel : quelle que soit la discipline, l’âge des élèves et la tâche demandée, l’approche coopérative est la plus efficace des trois. Et ce, y compris dans le cas où les groupes sont en compétition entre eux, puisqu’il y a alors association d’un environnement coopératif sécurisant et d’un esprit de compétition. Vingt ans plus tard, une nouvelle méta-analyse de Johnson et Johnson (2002) sur 111 études confirme le résultat et détaille les effets bénéfiques de l’apprentissage coopératif : sur la réussite, sur la socialisation, sur la motivation et sur le développement personnel des élèves." - edupass.hypotheses.org/1080

Mais que tous les autres méthodes dites constructivistes ne le sont pas:

Les critères efficace en enseignement selon la plus grande mega-analyse: 

rire.ctreq.qc.ca/2015/07/strategies-efficaces-enseignement/


En gros, tout ces débats c'est très compliqué et ce n'est pas mon rayon... Donc c'est pour cela que je me méfie beaucoup de ce qui est querelle de méthodes, et qu'à mon avis on doit s'en tenir à définir la pédagogie par son projet "ethico-politique" et ne pas trop y mêler les histoires de méthodes et de technique. Sinon, c'est le meilleur moyen d'être embarqué dans des querelles de chiffres très complexes...

2 weeks ago
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